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La visite de la vieille dame : tragi – comédie en trois actes – Friedrich Dürrenmatt

La visite de la vieille dame - Friedrich Durrenmatt
La visite de la vieille dame – Friedrich Dürrenmatt
(Der Besuch der alten Dame, 1955)
Livre de poche, 2004, 159 pages
Traduction de Jean-Pierre Porret


« Une vieille dame revient dans son village natal. Elle est richissime, le village est au bord de la faillite. » (début de la 4èmede couverture). 
Cette vieille dame est connue des habitants non seulement en tant qu’enfant du pays, mais aussi pour ses largesses puisqu'elle a financé nombre projets depuis qu'elle est milliardaire. A Güllen, tous espèrent qu’elle finira par revenir afin de leur faire bénéficier de sa générosité. Et voilà que la vieille dame arrive. Tout le monde est mis à contribution pour lui manifester son affection et plus particulièrement Ill, son amoureux de jeunesse. La vieille dame finit par proposer d’offrir à la ville cent milliards… à une condition. 


Cette condition n’est pas, comme on s'en doute, une bagatelle. Elle en appelle à la conscience de chacun, pas moins. Si j’avais apprécié la façon dont Dürrenmatt avait mis en scène la justice dans son roman Justice, je dois reconnaître que dans cette pièce il remanie ce thème d’une façon particulièrement redoutable puisqu’il met en balance les notions de vengeance et de justice.

S’il est considéré qu’une société placée sous le signe de la justice est « avancée » par rapport à une société fonctionnant sous le règne de la vengeance (et la loi du Talion fut la première avancée en la matière, aussi barbare puisse-t-elle nous paraître aujourd’hui), les deux notions n’ont jamais cessé de co-exister. Notre raison nous dit de suivre la justice quand notre cœur serait parfois prêt à trouver un certain charme à la vengeance. Mais nous sommes des êtres civilisés et nous ne voulons pas cautionner de telles pensées, encore moins de tels actes ! Pourtant, la vie est dure, l'Homme faible, et les excuses faciles, et si quelqu’un voulait bien se dévouer pour commettre l’impensable, cela serait un tel soulagement… Ah qu’il est donc difficile de vivre avec une conscience ! 
Voilà en somme ce qui agite les habitants de Güllen face à la proposition de la vieille dame. Ce n’est pas tant la condition qui les contrarie mais plutôt la façon de la mettre en œuvre sans pour autant se souiller la conscience. Charger le bouc émissaire (sans en avoir l’air bien sûr) pourrait être une façon de se convaincre qu’après tout l’impensable est tout à fait justifié. 
Comme dans Justice, Dürrenmatt utilise le procédé du renversement de situation mais de façon moins alambiquée. Si La visite… m’a moins séduite que Justice, il faut lui reconnaître une accessibilité bien plus grande. A partir d’une intrigue très simple, Dürrenmatt construit une réflexion subtile qui inscrit cette pièce dans les textes à lire, ne serait-ce que parce qu’il traite d’une question qui nous concerne tous, que cela nous plaise ou pas : quel est le prix d’une bonne conscience ?

Si, sur le fond, j’ai été tout à fait séduite, la forme m’a plus posé problème. En effet, il s’agit d’une pièce « tragi-comique » et mon esprit a beaucoup de mal à faire coïncider deux genres opposés. En outre, les indications scéniques sont lourdes et, disons le sans détour, passablement ringardes.
Pour le reste, c’est une lecture que je recommande.