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A Dry White Season – André Brink

A Dry White Season – André Brink
 (‘n Droë wit Seisoen, 1979)
Vintage, 1979, 316 pages
(VF : Une saison blanche et sèche)


 “I used to think of him as an ordinary, good-natured, harmless, unremarkable man.”


Ce livre passionnant nécessite, pour être pleinement apprécié, d'avoir un minimum de connaissances de base concernant l’histoire de l’Afrique du Sud.

Brink nous raconte l’histoire de Ben du Toit, un homme ordinaire vivant dans un pays pas vraiment ordinaire, qui veut simplement connaître la vérité sur le décès de Gordon Ngubene,  un Noir, qu’il connaît à la fois à peine et pourtant suffisamment pour être perturbé par son arrestation puis son décès dans des circonstances troubles. Et c’est là que se joue un tour de force : décrire le système de l’apartheid, le dénoncer sans en avoir l’air, démonter chacun de ses rouages pourris… à partir du regard d’un Afrikaner (donc un Blanc, qui plus est privilégié puisqu’un Afrikaner était considéré par le pouvoir politique comme « supérieur » à un Blanc d’origine anglaise), un Afrikaner, donc, qui va se faire déniaiser dans les grandes largeurs au fil de ses mésaventures.


Pour résumer l’intérêt du livre, quelques points :
  • il a été écrit après la révolte de Soweto de 76 donc à une époque charnière ;
  • il se lit très facilement car Ben mène une enquête : c’est un vrai page-turner ;
  • cette enquête l’amène à aller de découvertes en découvertes sur le fonctionnement concret de son pays (par exemple, Ben découvrira que, non, la justice n’est pas si juste que cela dès qu’un Noir est concerné) ;
  • on assiste à l’évolution du personnage en parallèle de l’exploration de l’apartheid ;
  • on est dans la tête de Ben qui ne sait plus où il en est. Son entourage, famille comprise, le lâche mais les Noirs ne l’acceptent pas pour autant : il leur est utile et c’est tout ;
  • de fait, se pose la question des valeurs : pourquoi mener un tel combat ? Cela en vaut-il la peine (Ben va en souffrir mais de nombreuses personnes vont en mourir – il se sent responsable), surtout quand les Noirs vous disent que c’est perdu d’avance ?

Au fil du livre, Ben sera confronté à ces questions, cherchera des réponses, en trouvera certaines par lui-même et d’autres par le biais de ses nouvelles fréquentations.

Si l’on ajoute que l’écriture coule d’elle-même (c’est du pur velours), que Brink maîtrise parfaitement son intrigue dans toute sa complexité, qu’il fait preuve d’une subtilité sans pareille, on ne peut que succomber.


Le roman de Brink fut censuré à sa parution en Afrique du Sud, ce qui n’était guère étonnant étant donné le contexte politique de l'époque.

Livre hautement recommandé : un classique !


“So that it will not be possible for any man ever to say again : I knew nothing about it.”