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La vie éclaircie – Danièle Sallenave

La vie éclaircie – Danièle Sallenave
Gallimard, 2012, 247 pages


Sous-titre : Réponses à Madeleine Gobeil

Ce livre est présenté sous la forme d’une interview puisqu’il reprend un entretien mené par mails entre l’écrivain française et la journaliste canadienne.
Il aborde énormément de sujets, même si, en définitive, tout revient à la littérature. La 4ème rédigée par l’auteur elle-même (elle y excelle), conclue : « écrire, c’est essayer d’ouvrir des brèches, des trouées, pour mieux voir, mieux comprendre, mieux sentir. C’est une manière de vivre. D’unifier, d’éclaircir la vie. »
Le livre est découpé en six parties : « Enfance, formation », « Littérature », « Figures du théâtre », « L’histoire, les intellectuels, la vie sensible », « Femmes, hommes » et « Les voyages, l’art, le temps ». En fonction des centres d’intérêt de chacun, certaines parties nous « parlent » plus que d’autres.


L’intérêt du livre réside en ce qu’il ne nous présente pas uniquement la vision de Sallenave sur la littérature mais bien l’auteur dans son entièreté.
Quand on est incapable de scinder l’œuvre de l’auteur, cette lecture est une expérience d'autant plus intéressante car elle donne l’impression d’avoir des éléments permettant de mieux cerner l’auteur et donc de comprendre l’origine de ses thèses et sa façon d’appréhender le monde en général.
Dans la première partie, l'auteur nous parle de ses parents, de leurs convictions, de ce qu’ils lui ont apporté, du bonheur de son enfance :

« … j’ai eu un privilège immense, celui de naître dans une famille modeste pour qui les livres étaient non pas « sacrés » mais reconnus pour ce qu’ils sont : le chemin, la voie, le passage, l’ouverture et le seul héritage de ceux qui n’ont rien. »


Ce livre peut être une bonne introduction à Sallenave, le lecteur ayant dès lors non pas des préjugés sur son œuvre mais des clefs de lecture.

Il me semble impossible de résumer ce livre ne serait-ce que parce qu’il aborde trop de sujets différents. Quelques exemples, cependant, de points essentiels sur lesquels l'auteur et moi-même nous retrouvons même si cela n'est pas nécessairement représentatif de ce que les autres lecteurs auront envie de souligner.

> La ruine de l’école par son manque d’exigence envers les élèves :
« Maintenant, la moindre exigence est considérée comme une insulte à la « nature » de l’enfant ou incompatible avec les difficultés économiques et sociales de sa famille… C’est absurde et criminel. Tous ces dons, toutes ces qualités qu’on ne fait pas naître, qu’on ne cultive pas ! »

« Je ne cherche nullement à revenir à un « âge d’or » de l’école, je voudrais qu’elle tienne ses promesses d’autrefois avec les jeunes d’aujourd’hui. On me dit que c’est plus difficile. Je ne sais pas. C’est plus difficile si on n’y croit pas vraiment, si on est persuadé que l’école exerce une violence sur les enfants... »


> L’indigence de l’apprentissage du français au lycée, la primauté de la littérature sur le reste pour comprendre le monde et s’approprier la vie (thèse déjà développée dans Le don des morts ), ce que signifie écrire, ce qu’est être écrivain :
 « Je ne sais même pas si on « devient écrivain ». On découvre à un moment de sa vie qu’on n’est « bon qu’à ça », comme a dit Beckett en répondant au grand questionnaire de Libération « Pourquoi écrivez-vous ? ». Que c’est la manière de vivre qui vous convient, qui vous rend heureux. […] C’est écrire qui vous donne de la joie, c’est travailler à un livre. Parce qu’alors on touche à l’essentiel. Parce qu’on est au cœur silencieux des choses. En accord avec soi-même. On n’a plus peur de rien. Vivre, penser, être ému, écrire, ne font plus qu’un. »


> L’importance de la lecture :
« C’est… à cause d’une idée … fausse … que tout le monde veut écrire : on imagine que la lecture est passive et que seule l’écriture est active. Mais je suis persuadée que mieux vaut devenir un bon lecteur qu’un mauvais écrivain, on y trouvera plus d’enrichissement, de compréhension de soi et du monde. Lire est une activité complexe, soutenue, qui requiert de l’effort, et qui met en branle toutes sortes d’émotions et de pensées, de sentiments qui souvent dormaient en vous. Ecrire sans lectures et sans apprentissage revient souvent à répéter des clichés. »


> Une certaine idée de la France, en l’occurrence, un pays laïc qui n’est pas fermé aux autres mais qui refuse le communautarisme :
« … la nation française, c’est […] une donnée historique et une conquête politique qui assure la protection des plus menacés. Et il y a aussi cette idée de la citoyenneté par-delà les apparences, les communautés, les confessions ! Quand on voit les dangers du communautarisme, on se dit que ce n’est pas le moment d’en finir avec la nation française… Et puis, j’aime la langue française, et les paysages français, et l’architecture, pas au point bien sûr de fermer la porte à l’autre, à l’étranger ! mais sûrement avec le sentiment que ce qu’on appelle « multiculturalisme » n’est souvent qu’une pieuse imposture. Nous devons accueil et assistance à ceux qui s’installent chez nous, souvent pour des motifs économiques, et personne ne doit être discriminé en raison de ses origines, mais nous devons aussi maintenir fermement les règles sur lesquelles a été construit notre « vivre ensemble ». »


Ce livre est extrêmement riche et je n’en ai évoqué qu’une infime partie. Il est à lire, sans nul doute afin que chacun y trouve son chemin et des pistes de réflexions.