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TV lobotomie – Michel Desmurget

TV lobotomie Michel Desmurget
TV lobotomie – Michel Desmurget
Max Milo, 2011, 318 pages
(existe en poche chez J'ai Lu)


Sous-titre : la vérité scientifique sur les effets de la télévision


« La télévision n’exige du spectateur qu’un acte de courage – mais il est surhumain –, c’est de l’éteindre. » (Pascal Bruckner)


Michel Desmurget est docteur en neurosciences et, au fil des quinze dernières années, il a relevé au moins un article scientifique par semaine concernant les méfaits de la télévision parmi les publications qu’il reçoit de par son métier.
Ce livre nous explique donc par le menu les effets néfastes du petit écran. Nous pouvons les répartir comme suit : la consommation télévisuelle (« en tous lieux et à toute heure »), les difficultés scolaires (pas de goût pour l’effort, intelligence moindre, problèmes en lecture et langage, défaut d’attention, imagination appauvrie), les répercussions sur la santé (alimentation, tabagisme, alcoolisme, sexualité, troubles du sommeil) et enfin la désensibilisation à la violence.

Le principal point fort du livre est de s’appuyer sur des comptes-rendus de recherches, dont certaines recherches longitudinales, c’est-à-dire menées sur plusieurs années car les effets de la télévision ne sont pas toujours visibles dans l’immédiat. En outre, l’auteur se base sur des analyses menées selon une méthodologie permettant d’évacuer les critères autres que celui de la consommation télévisuelle afin de pouvoir comparer sur une même base deux individus qui montrent des différences dans de nombreux autres domaines.
Le livre démontre la puissance du lobby audiovisuel, ainsi que l’incompatibilité intrinsèque entre la télévision et des contenus de qualité.
Autre point intéressant : la perception du téléspectateur de sa propre consommation, toujours moindre qu’en réalité et, bien entendu, plus responsable que celle des « autres » (« un spectateur "typique" de plus de 15 ans passe chaque jour 3 h 40 devant son poste de télévision »).

Le principal point faible du livre est qu’il intéressera seulement les personne déjà convaincues ; une personne considérant la télévision comme globalement inoffensive refusera en bloc les arguments présentés par l’auteur, arguments pourtant étayés par des études sérieuses, multiples et convergentes. Point de volonté de prosélytisme ici (les adultes majeurs et vaccinés font ce qu'ils veulent) mais si des abonnés à la télé, ouverts d’esprit, veulent en savoir plus sur les manipulations dont ils sont les victimes plus ou moins consentantes, cet ouvrage les éclairera.


La principale qualité du livre est la clarté du propos : nul besoin d’être un scientifique pour comprendre. On aimerait d’ailleurs, parfois, ne pas comprendre tant certains effets délétères sont effrayants. Ce livre démontre que les dysfonctionnements de la société actuelle prennent leurs origines dans la télé, au moins en grande partie. En effet, l’auteur reconnaît que la télé n’est pas, à elle seule, une explication à certains maux mais les études révèlent qu’elle est le facteur principal de ces problèmes : la tendance à ne plus se servir de son esprit critique et de se contenter du prêt-à-penser que fourni la télé (j’affirme telle chose et la considère comme vraie car je l’ai entendue dire à la télé), l’effet « troupeau » aussi, le consumérisme effréné que la télé stimule sans cesse en enfonçant des slogans faciles dans le cerveau etc.

Le principal défaut de cet ouvrage est de se focaliser sur les enfants. Bien que cela soit justifié (la consommation télévisuelle enfantine détermine, parfois de façon irréversible, le développement futur de la personne puisqu’elle formate l’esprit encore tout neuf de l’enfant. Idéalement, un enfant ne devrait pas être exposé à la télévision avant 5-6 ans), j’aurais aimé avoir quelques données sur les répercussions concernant les adultes, cela d’autant plus que la quatrième laisse entendre qu’il sera également question de la consommation télévisuelle des adultes.
Autre défaut, plus mineur, le style. Si j’ai apprécié que l’auteur ne pontifie pas, j’ai regretté qu’à l’inverse, il adopte une écriture parfois franchement familière, peu appropriée à ce genre d’ouvrage. En outre, il relève qu’une des conséquences du visionnage de la télé est un langage appauvri marqué notamment par une relation à la syntaxe plus que douteuse. Or j’ai relevé à plusieurs reprises des erreurs de syntaxe, voire plus généralement des fautes grammaticales dans l’ouvrage. C’est gênant, même si le niveau d’expression de l’auteur est bien supérieur à celui des exemples qu’il propose (ce qui n’est pas très difficile non plus…).
J’ai également été gênée par le recours à la notion d’intelligence. Cela fait longtemps que le QI a été reconnu comme une mesure très parcellaire du potentiel d’une personne et l’auteur ne semble pas utiliser le terme d’intelligence dans son acception large puisqu’il se réfère au QI.


Ce livre est à lire, au moins pour les parents, pas nécessairement pour les culpabiliser (bien que de nombreux parents considéreraient la télé comme une baby-sitter parfaite, surtout si la chambre de leur moutard en est équipée, cela afin que chacun puisse regarder ce qui l’intéresse), mais pour leur faire prendre conscience (ou du moins tenter) des effets de la télé sur leurs enfants, y compris, les effets induits par une consommation dite d’arrière-plan (l’enfant ne regarde pas la télé allumée mais il est dans la pièce où cette dernière fonctionne).
Comme l’écrit l’auteur, la meilleure façon de prouver à son enfant qu’on l’aime est de le tenir éloigné de ce fléau. Il vous en voudra peut-être sur le moment mais il y a bien d’autres domaines dans lesquels vous édictez des règles qui vous semblent évidentes et qui ne plaisent pas à votre enfant…


« L’affreux réactionnaire que je suis a tendance à penser qu’il devrait quand même être possible d’exiger d’un ado ou d’un gamin que soient éteints la télé, le portable et l’ordinateur pendant quelques minutes. Mais, apparemment, je me fourvoie. Les « spécialistes » sont formels : il ne faut surtout pas brusquer nos chères têtes blondes en leur imposant quoi que ce soit. »