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Scipion – Pablo Casacuberta

Scipion – Pablo Casacuberta
Scipion – Pablo Casacuberta
 (Escipión, 2010)
 Points, 2016, 334 pages
Traduction de François Gaudry


Aníbal n’a jamais été à la hauteur des attentes de son père, célèbre historien. Deux ans après la mort de ce dernier, il accède à sa part du testament : trois boîtes au contenu hétéroclite. Est-ce un ultime tour cruel de son père ? Remonté comme un coucou, Aníbal compte bien récupérer son héritage.


> Il y a une chose qui agace prodigieusement au début du roman, c’est la personnalité du narrateur. On a envie de le gifler tellement il geint et cherche à se faire plaindre. On comprend bien que sa vie fait du sur-place, on ne voudrait pas partager son sort et on veut bien compatir : son père a l’air d’avoir été odieux avec lui, jusqu’à ce prénom cruel qu’il lui a donné. Cependant, sa posture de victime finit par conduire à l’effet inverse.
On note aussi, dès le départ, l’aspect très travaillé du texte.

> Dès qu’Aníbal commence à lire un des carnets de son père, le personnage prend une ampleur insoupçonnée et change radicalement de ton : les jérémiades cessent et Aníbal fait la part des choses dans les responsabilités. Il a beau se retrouver empêtré dans un piège, il agit et se prend en main même si les résultats ne sont pas nécessairement à la hauteur de ses objectifs. A partir de là, l’histoire devient prenante et l’esprit tragi-comique participe au plaisir de lecture.

> C’est un récit intéressant sur les liens père / fils, sur ce que l’on devient adulte à cause de notre éducation, de notre réaction à cette dernière et de pas mal de malentendus. C’est  aussi une réflexion sur le « comment vivre », comment être soi et non pas uniquement une réaction à un autre. Enfin, il s’agit pour Aníbal de se frotter à la réalité au lieu de se réfugier dans une mythologie personnelle.
L’évolution du narrateur est bien menée et prenante, même si quelques petits développements supplémentaires auraient été les bienvenus.


En dépit d’un début poussif et d’une fin qui aurait mérité d’être plus ouverte, Scipion est un roman qui mérite vraiment que l’on se penche dessus.


Les éditions Métailié ont publié ce mois-ci un autre roman de l’auteur, Ici et maintenant ; j’espère pouvoir mettre la main dessus à l’occasion.


Ce livre a été lu dans le cadre du jury du meilleur roman Points.

Le site de l'auteur (en anglais ou espagnol).