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A la grâce des hommes – Hannah Kent

A la grâce des hommes Hannah Kent
A la grâce des hommes – Hannah Kent
(Burial Rites, 2013)
Presses de la Cité, 2014, 396 pages
Traduction de Karine Reignier-Guerre


Dans l’Islande du XIXe siècle, Agnes Magnúsdottir, a été condamnée à mort pour l’assassinat de son amant, Natan Ketilsson. En temps normal, les condamnés sont expédiés au Danemark dont dépend alors l’Islande, mais il a été décidé de faire un exemple et de marquer les esprits en l’exécutant sur place.
Dans cette attente, elle est placée dans une famille de fermiers qui a été désignée pour cela et qui n’envisage pas cette cohabitation avec joie. Héberger une meurtrière, qui plus est quand on a deux jeunes filles, quoi de plus horrible ? Margrét, la mère, compte bien tenir à distance Agnes et s’interposer si nécessaire même si elle-même n’en mène pas large lorsque l’annonce leur est faite.
N’ayant plus rien à espérer de la vie mais devant attendre des mois avant de mourir, Agnes est prise entre le marteau et l’enclume. Car cette servante a été éduquée ; elle sait lire et écrire mais surtout penser : elle a une vie intérieure riche et sait l’exprimer si une oreille attentive se présente. Mais à quoi cela sert-il de parler si ceux qui peuvent changer son destin ne sont pas disposés à l’écouter ?


Ce roman est intéressant à bien des points de vue.

> Tout d’abord, il s’inspire d’une histoire vraie : une note finale de l’auteur explique par le menu tout ce qui relève de la vérité historique contrairement à ce que l’on ne peut savoir et qui nécessite une extrapolation, ce qu’elle appelle des « fictions vraisemblables ». On se rend compte qu’en définitive, le roman s’en tient à l’Histoire avec bien plus de proximité que l’on aurait pu l’imaginer et surtout que l’on dispose d’une riche documentation. J’ai beau ne pas être amatrice de romans historiques, cela me fait toujours un choc de savoir que tel fait a eu réellement lieu, que tel personnage a véritablement existé et que si je souhaite aller aux endroits cités dans le roman, je trouverai des traces de ce qui m’a été raconté.

> Ensuite, et bien que les monologues d’Agnes m’aient parfois pesé, force est de constater que l’on est touché par les relations humaines qui évoluent. Quand une personne est désignée coupable, qui plus est d’un assassinat, on peut difficilement avoir envie de la côtoyer. Quand on est obligé de le faire et que l’on se rend compte que cette personne n’a rien de l’image que l’on a voulu nous donner, on a beau résister par peur de se faire avoir, on finit par comprendre que les choses ne sont peut-être pas aussi tranchées. Chaque personnage porte un regard différent sur Agnes et se comporte en fonction de l’idée qu’il s’en fait mais chacun est troublé, c’est évident. Cette humanité est bien rendue à travers les questions que pose la situation d’Agnes. Elles ne sont pas toujours formulées explicitement mais elles parcourent le roman d’un bout à l’autre.

> Enfin, si vous aimez les romans historiques, vous aurez en outre un aperçu de la vie en Islande à cette époque. N’étant pas amatrice du genre, j’y ai trouvé des longueurs mais, encore une fois, cela dépend de vos goûts.


En revanche, certaines parties m’ont paru longues sans que l’aspect historique entre en jeu. J’ai bien conscience qu’Agnes doit revenir sur sa vie pour que ses auditeurs comprennent bien ce qu’elle a été jusqu’aux événements et le rôle que chaque personnage impliqué a joué. Mais à vouloir alterner les passages descriptifs racontant le quotidien et ceux plus introspectifs, le roman devient trop touffu. C’est un livre très abordable mais un peu trop « copieux ».

Si j’ai apprécié cette lecture, si j’ai été émue par le destin d’Agnes et de ses semblables, j’aurais préféré moins de lyrisme.
Un destin terrible ne nécessite pas que l’auteur insiste sur l’horreur : c’est un point sur lequel je reviens chaque fois que je bute dessus dans un livre. Peut-être Hannah Kent voulait-t-elle mettre un peu de « légèreté » dans son livre en évoquant la nature par exemple mais, au contraire, cela souligne combien le sort d’Agnes est affreux : la vie va se poursuivre… sans elle.


En résumé, c’est un livre qui mérite d’être lu ne serait-ce que pour le versant « histoire vraie » ; en revanche, il me semble que les éloges que je lis depuis la parution originale de ce roman sont démesurés ; le fait que le livre soit régulièrement en lice pour des prix littéraires aussi. C’est un premier roman ; il est prometteur : laissons à Hannah Kent le temps de confirmer avant de crier au génie.


Ce livre m'a été transmis par l'éditeur.