Excusez-moi pour la poussière – Jean-Luc Seigle

Excusez-moi pour la poussière – Jean-Luc Seigle
Excusez-moi pour la poussière – Jean-Luc Seigle
Flammarion, 2016, 90 pages


 Sous-titre : Le testament joyeux de Dorothy Parker


Dorothy Parker était au moins aussi intéressante en tant qu’individu qu’en tant qu’écrivain. Cette pièce de théâtre lui rend un bel hommage.

Le ton est enlevé, à la fois faussement « joyeux » et pourtant tout à fait réjouissant. C’est grinçant comme le style de Parker ; d’ailleurs, le texte reprend parfois des répliques que l’on trouve dans son œuvre.

La pièce se présente comme un monologue de Parker et les éléments permettent de retracer la vie de l’autrice de 1950 à 1962, de son remariage avec Alan Campbell au décès de ce dernier.

On retrouve bien l’esprit Parker, son humour noir, ses engagements, son absence de concessions.

Cela doit être un régal à voir au théâtre !


A recommander à ceux qui connaissant déjà bien l’autrice (et qui auront reconnu l'inspiration du titre de la pièce).

La vie selon Florence Gordon – Brian Morton

La vie selon Florence Gordon – Brian Morton
La vie selon Florence Gordon – Brian Morton
 (Florence Gordon, 2014)
10/18, 2017, 360 pages
Traduction de Michèle Hechter

 
A soixante-quinze ans, Florence Gordon a décidé d’écrire ses mémoires et de relater son engagement féministe.
 
« Elle n’était pas femme à tenter de paraître plus jeune que son âge […] Elle ne se teignait pas les cheveux, elle ne s’intéressait pas au Botox, elle ne se blanchissait pas les dents. [ …] Elle n’était pas femme à vouloir retrouver sa jeunesse parce qu’elle estimait sa vie actuelle très intéressante.
C’était donc une femme forte, fière, indépendante d’esprit qui acceptait son âge et qui pourtant se sentait encore très jeune. Elle était aussi, à en croire ceux qui la connaissaient et même ceux qui l’aimaient, une vraie emmerdeuse. 
»


 
J’ai adoré ce personnage ! Caustique, fine, avec un caractère bien trempé mais surtout totalement imperméable aux convenances, Florence Gordon est une femme fidèle à des principes et à elle-même, quoi qu’il en coûte.
 
« Mieux vaut exiger qu’implorer. »
 
Dotée d’un fils mollasson, d’une belle-fille idolâtre (qu’on a envie de baffer), d’un ex-mari pitoyable, Florence aspire à la tranquillité. C’est sans compter l’article élogieux que publie la New York Times Book Review qui donne une visibilité sans précédent à notre héroïne.
 
 
Le roman est bien construit ; Morton fait preuve de beaucoup de psychologie et de maîtrise narrative.
Si des passages m’ont ennuyée car ils concernaient des personnages sans relief (en particulier la belle-fille horripilante), j’ai dévoré l’ensemble et alterné les fous rires et une certaine émotion lors de moment forts, voire poignants. Florence est toute en retenue, touchante, et si l’on peut penser qu’elle se ferme des opportunités de rapprochement avec sa petite-fille, on ne peut que remercier l’auteur de ne pas céder à la facilité en faisant réagir Florence conformément à son personnage.
 
On n’est pas loin du coup de cœur.

Zinc – David Van Reybrouck

Zinc – David Van Reybrouck
Zinc – David Van Reybrouck
 (Zink, 2016)
Actes Sud, 2016, 75 pages
Traduction de Philippe Noble
 
 
Après avoir lu en 2015 son essai Contre les élections, j’étais curieuse de cet ouvrage qui m’a opportunément été offert
 
 
Zinc raconte l’histoire d’un homme, Emil Rixen (ce n’est même pas son nom véritable tout en l’étant… Une histoire dans l’histoire comme tout le livre) et d’un village, Moresnet-neutre (mais il a d’autres noms) qui ont changé de nationalité à cinq reprises sans que le premier n’ait jamais traversé une frontière (« Ce sont les frontières qui l’ont traversé »).
 
 
Quel rapport avec le zinc ? Le minerai se trouvait à cet endroit et, comme toujours, les puissances nationales se battirent pour avoir sur leur territoire le gisement. Ce territoire, c’est aujourd’hui les cantons de l’Est qui regroupent la communauté belge germanophone. J’en avais entendu parler une première fois dans le roman d’Armel Job, Les fausses innocences et cela aussi m’avait rendue curieuse.
 
 
Subtile charge contre les nationalismes, ce livre réussit le pari d’être passionnant, accessible et brillant.
Emil combattra une première fois dans l’armée belge (Première Guerre Mondiale), puis il sera réquisitionné par l’armée allemande (Seconde Guerre Mondiale). C’est un homme plutôt ordinaire qui se retrouvera otage de nations préoccupées avant tout par les frontières.
L’organisation particulière de Moresnet-neutre vaut aussi la peine d’être découverte.
 
Cet excellent essai est à recommander à tous les curieux. Je ne lui ai trouvé aucun défaut. Et j’ai désormais très envie de lire Mission bien que ses quatre cents et quelques pages m’effraien
 
 

> Le mois belge chez Anne.