Nos années sauvages – Karen Joy Fowler

Nos années sauvages – Karen Joy Fowler
Nos années sauvages – Karen Joy Fowler
 (We Are All Completely Beside Ourselves, 2013)
10/18, 2017, 360 pages
Traduction de Karine Lalechère


Dans les années 70, aux Etats-Unis, étudier sa propre famille lorsqu’on était psychologue était monnaie courante. C’est ainsi que Rosemary et Fern, les jumelles Cooke, ont été dès leur plus jeune âge l’objet d’étude du père. A l’âge de six ans, Rosemary est séparée de Fern puis, quelques années plus tard, c’est au tour de son frère de quitter la maison familiale sans prévenir. Désormais adulte, Rosemary cherche à comprendre les raisons de ces disparitions successives.


Il faut (j’insiste) en savoir le moins possible sur ce roman avant de le débuter, sinon ça ne vaut même pas la peine de le lire.

Très américain sur la forme mais avec un fond solide et dépassant le champ émotionnel, ce très beau roman est habilement construit et contient même des pépites d'humour en dépit d'un sujet grave.
Cela fait pas mal de qualités et, même si je lui tournais autour depuis sa sélection pour le Booker il y a quelques années, je ne m’attendais pas à un tel festival (ni à des thèmes qui me touchent tant, ni à un tel art de parler au cœur et à l’intelligence à la fois).

Nos années sauvages (j’avoue que le titre français me semble limité et presque à côté de la plaque) donne matière à penser, rend meilleur, fait du bien aussi, à sa façon.

C’est un livre incroyablement subtil dans ses analyses en général, dans le traitement des personnages et de leurs relations en particulier.

On s’arrache avec difficulté de ces pages, tournant la dernière avec regret mais tout en sachant que l’on vient de vivre une aventure inoubliable.

Zéro Sucre – Danièle Gerkens

Zéro Sucre – Danièle Gerkens
Zéro Sucre – Danièle Gerkens
J’ai Lu, 2017,442 pages

Journaliste pour Elle, Danièle Gerkens a pris conscience de l’emprise du sucre sur elle, sur nous ; le sucre, c’est une présence envahissante qui dépasse les produits identifiés comme étant sucrés.
Danièle Gerkens a testé une alimentation sans sucre pendant un an. Mois après mois, elle nous raconte son expérience et nous livre une enquête sur cet aliment, sans manichéisme.

Danièle Gerkens a suivi une version « soft » (qu’elle ait continué à manger des pommes de terre, aliment à l’indice glycémique élevé, ne cesse de m’étonner) mais elle parle très bien des tenants et des aboutissants d’un tel choix.
« Manger non sucré rime avec une forme de déconditionnement » (c’est pour cela que c’est si difficile si vous voulez mon avis).
Ce livre est globalement très bon. Il est équilibré, entre aspects théoriques, scientifiques et sociologiques en particulier et récit personnel. Si parfois j’ai été agacée par ses remarques très orientées « journaliste parisienne pour Elle » (les tendances, le prêt-à-penser des magazines dits féminins dans lesquels je n’ai jamais rien lu qui me concerne en tant que femme, le name-dropping, etc.), Danièle Gerkens m’a semblé avant tout à la recherche de l’honnêteté intellectuelle. Ses arguments sont travaillés, réfléchis sans qu’elle finisse pour autant par plaider pour un relativisme tiède.
De son expérience, elle donne quelques conseils, des stratégies de survie. Il m’a semblé que, parce qu’elle a choisi de suivre une version « soft », elle peut donner le sentiment que ce n’est pas si compliqué que ça d’arrêter le sucre, que tout le monde en est capable. Elle m’a d’ailleurs donné envie de me mettre au défi d’arrêter le sucre pendant un an, ce que j’ai commencé à faire.
« J’ai découvert que j’étais capable de tenir, alors même que je me sentais 'addict' au sucre. »
Contrairement à Nicole Mowbray, Danièle Gerkens n’est jamais dans l’exagération dans un sens ou dans l’autre et son travail de documentation est plus sérieux et moins influencé par Untel ou Unetelle. Elle (nous) pose les vraies questions et sa réussite fait rêver tout en paraissant accessible.

 « J’ai découvert que c’était à moi de choisir quand j’en mangerais et non de me le laisser imposer à toutes les bouchées ou presque. »
Ce que j’en retiens essentiellement, c’est cela : arrêter de consommer du sucre, c’est une façon de prendre sa vie en main, de reprendre le contrôle sur son alimentation, d’arrêter d’être une victime consentante des industriels.
Zéro sucre est un livre complet que je recommande.

Attachement féroce – Vivian Gornick

Attachement féroce – Vivian Gornick
Attachement féroce – Vivian Gornick
 (Fierce Attachments, 1987)
Payot & Risvage, 2017,222 pages
Traduction de Laetitia Devaux


Une mère, une fille. Elles s’aiment profondément. Se haïssent éperdument. Impossible de vivre ensemble, impossible de se séparer pourtant. Elles arpentent New York et leur vie, avec une lucidité qui frappe en plein cœur.
Le New York Times a écrit : « C’est l’histoire d’un amour infini, terrible, plein de grâce et de fièvre. Un classique instantané. » Tout est dit.

Récit autobiographique autour du lien à la mère, le texte de Vivian Gornick sait prendre de la hauteur et dépasser cette relation spécifique.
En vérité, je ne m’attendais pas à être autant séduite. J’ai accroché dès les premières pages et si le livre avait été plus léger, je l’aurais dévoré d’une traite.

La première partie, dédiée à la mère, a quelque chose de fascinant quand la seconde, relative à la vie adulte de l’autrice, sa vie sentimentale et toujours – forcément – sa mère est plus introspective. J’ai pensé, dans ce second mouvement, au personnage de Brian Morton, Florence Gordon, surtout quant aux réflexions sur les féministes.
L’autrice ne sur-analyse pas ; c’est vraiment très lisible et passionnant ; ses réflexions sont toujours fines, jamais pesantes, drôles aussi parfois. J'ai eu un coup de cœur pour cette femme.


C’est un livre (au titre parfait) qui m’a essorée par la densité de la relation mère-fille et la qualité de la réflexion ; un livre que j’ai lu par hasard mais qui laissera une trace et que je relirai en jour.